Tony Allen & Hugh Masekela / Rejoice

22 mars 2020

Il ne devrait surprendre personne qui a déjà suivi la musique du batteur nigérian Tony Allen et/ou du trompettiste sud-africain Hugh Masekela que cette session existe. Bien que le grand trompettiste soit décédé en 2018, sa carrière de sept décennies a été remplie d’aventures musicales à travers les genres.

Pour Allen, co-créateur de l’afrobeat et véritable géniteur de l’afro-funk du 21e siècle, l’innovation, l’expérimentation, le changement et la rupture font partie du jeu depuis qu’il a commencé à jouer. Ils ont été présentés par Fela Kuti dans les années 70 et sont restés amis.

Pendant des décennies, ils ont parlé de faire un album et, en 2010, ils ont trouvé le temps de commencer ce projet entre deux tournées. Le producteur Nick Gold, acclamé pour de nombreuses productions de musique du monde dont The Buena Vista Social Club, a enregistré la rencontre. Ces sessions inachevées sont restées intactes dans les archives jusqu’à la mort de Masekela. Avec la bénédiction et l’aide de la succession de Masekela, Gold et Allen ont déterré les bandes originales et ont terminé l’enregistrement en 2019 dans le même studio londonien.

Ils ont également engagé les piliers du jazz londonien que sont le claviériste Joe Armon-Jones, les bassistes Tom Herbert et Mutale Chashi, et le saxophoniste Steve Williamson. La pochette au design lumineux est un croisement entre les pochettes de Ole de John Coltrane et de High Life Africain de Solomon Ilori.

Ce qui transparaît n’est pas de l’afrobeat pur, la musique implacable de Lagos, mais plutôt une version « de chambre » de celle-ci, aux côtés du jazz moderne swing, de l’araignée, du funk squelettique et du township groove sud-africain réunis. Le chant de Masekela, son chant et ses lignes de trompette merveilleusement inventives se mêlent sans effort aux tambours d’Allen qui creusent dans les rythmes sources primaires et les articulent avec le flair d’un maestro au centre du mélange. L’ouverture « Robbers, Thugs and Muggers » est basée sur un chant dirigé vers le skitter de caisse claire et les « hi-hat wash » d’Allen. Le cor bluesy de Masekela répond à cette chanson, traversant le hard bop, le jive et le folk, en citant pour faire bonne mesure « Eleanor Rigby ».

Le piano Rhodes d’Armon-Jones fait son entrée plus tard, alors qu’Allen fait passer l’intensité d’un mijoté à un lent bouillonnement. « Agbada Bougou » offre un backbeat afrobeat funky, tandis que Masekela et Williamson proposent des mélodies modales sur une ligne de basse funky. « Never (Lagos Never Gonna Be the Same) » est en fait une version mutante de l’afrobeat. Avec Masekela qui chante « Lagos never gonna be the same/Never/ Without Fela… » Armon-Jones ajoute du funky Rhodes sur une ligne de basse électrique entraînante, des remplissages de trompette percutants, des percussions à main et des tambours bouillonnants et serpentins. « Jabulani (Rejoice, Here Comes Tony) » a les vibrations d’Armon-Jones jouant des contre-plats autour du phrasé d’appel et de réponse de Masekela et de l’improvisation rythmique circulaire presque mystifiante d’Allen. « Slow Bones » met en avant un dialogue difficile au saxophone et au cor. Le premier single, « We’ve Landed », se rapproche de Masekela, qui se joint aux percussions ritualisées et incantatoires d’Allen en citant Miles Davis – qui a même riffé sur la vamp mélodique de « Black Satin » à un moment donné – avec son timbre de cloche et son phrasé imprégné de blues. Peu importe les efforts déployés par Gold et Allen pour compléter Rejoice, le jeu de base et la camaraderie sont inégalés et donc justifiés.

C’est un post-scriptum approprié et un testament à la légende de Masekela, et la musique de cette date, bien qu’historique, est absolument définie par son titre.

Piste actuelle

Title

Artist

Partager
Acheter
Background